À la lecture des programmes de parution sans surprise annoncés pour cette rentrée, on peut toujours se consoler avec le retour de nombreuses séries de premier plan, de Titeuf à Blake et Mortimer. Simple coup de peinture rétorqueront les grincheux qui regrettent l’absence de véritables découvertes. Il faut reconnaître que depuis quelques années, l’imagination manque cruellement aux éditeurs. Média Participation, qui regroupe Dargaud, le Lombard et Dupuis, à l’origine trois maisons d’édition aux catalogues qui possédaient leur propre identité forte, propose des collections de plus en plus interchangeables. Dupuis répudie les gros nez qui ont fait sa fortune, le Lombard lorgne vers un créneau plus adulte, Dargaud, dont l’élite parisienne privilégie depuis longtemps l’élitisme, voit son homologue belge se détourner à son tour du classique. Chez Glénat, l’abandon du label Drugstore [ex-Albin Michel BD] témoigne de l’inquiétude qui règne chez l’éditeur grenoblois. Les tentatives pas vraiment convaincantes de nouvelles collections [Petit prince, Explora, Plein Gaz, Comics...] ne font pas le poids chez l’éditeur qui a lancé les collections Caractère, Vécu, Grafica, la BD concept [Le Triangle secret, Le Décalogue...], le manga, Titeuf... Casterman pour sa part adopte le petit braquet alors qu’une fois de plus la maison belge bicentenaire attend de connaître le nom de son nouveau propriétaire [aux dernières nouvelles Gallimard]. Delcourt, dont le catalogue est riche en séries fortes, n’est pas plus inventif bien qu’il soit le seul à continuer à exploiter avec intelligence le créneau des concepts [les 7, Zodiaque, etc.]. Chez Bamboo, les filons des métiers et des sports sont en voie d’épuisement alors que Grand Angle peine à se diversifier vis-à-vis de ses concurrents. Chez les petits éditeurs, on se contente de décliner à l’infini les romans graphiques au financement modeste mais qui eux aussi finissent par tourner en rond autour du nombril de leurs auteurs désormais à poil. 

La qualité est pourtant au rendez-vous, de bons albums vont réchauffer nos longues soirées d’hiver, les éditeurs n’auront pas à rougir de leurs nouveautés et les critiques de dBD pourront distribuer les étoiles, moi le premier. 

Le malaise est au niveau de l’innovation, de l’idée géniale née au sein d’une maison d’édition et qui fera boule de neige chez ses concurrents. Aujourd’hui, tout le monde s’observe, se copie, les projets les plus fous dépassent rarement le triptyque. Se lancer dans des opérations inventives lourdes nécessitant des auteurs de qualité, un nombre respectable d’albums, un budget important... ne semble plus d’actualité en ces temps de vaches maigres. Tirer à l’infini sur les vieilles ficelles est une solution de facilité qui permet encore de faire illusion. Pour combien de temps ? L’imagination semble en panne sèche !

 

Henri Filippini

 

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